Inquiétante prévalence des infections nosocomiales : Le péril des bactéries mutantes

L’invasion de bactéries mutantes résistantes aux antibiotiques est en passe de devenir un risque majeur de santé publique en Algérie.

Responsables d’infections communautaires et nosocomiales sévères (maladies contractées dans les hôpitaux) et épisodiquement à l’origine d’épidémies mortelles au sein-même des services de soins intensifs, elles assassinent en traitres des patients souvent hospitalisés pour d’autres pathologies.

Encore plus inquiétant, même les établissements hospitaliers de prétendue grande réputation ne sont pas à l’abri, selon les résultat de modestes travaux de recherche — car inachevés — réalisés par deux étudiants en master 2 de la faculté de biologie de USTHB ; le fameux hôpital militaire de Aïn Naâdja en est également infesté. De plus humbles se demandent qu’en est-il des établissements de soins plus modestes ?

Cette hécatombe qui se propage pernicieusement sévit davantage car occultée par, et le mot est fort, par « la bonne et simple ignorance du corps médical », chuchotent certains praticiens.

En tout état de cause, il est évident que la véritable forfaiture — et le mot n’est pas trop fort — provient incontestablement de l’inconscience des autorités sanitaires nationales incapables d’instaurer un système de prévention efficient pour maîtriser la diffusion des bactéries multirésistantes aux antibiotiques et mettre un frein à la croissance des infections nosocomiales.

Si l’on se réfère aux mesures prises par certains pays diligemment soucieux de la santé de leur population, à l’instar de la Belgique ou du Luxembourg, l’Algérie y est — avec un certain nombre de pays du monde — blacklistée. L’Algérie, selon les préconisations du Conseil supérieur de la santé belge, fait partie des pays où sévissent des bactéries mutantes résistantes aux antibiotiques — notamment des Entérobactéries productrices de carbapénémases (EPC). Selon les recommandations du plan de maîtrise et de préventions des infections nosocomiales mis en œuvre par le groupe national de guidance luxembourgeois, l’absence de données fiables sur la prévalence réelle de cette menace dans certaines zones géographiques indexées rend indispensable de procéder à un dépistage draconien chez tout patient transféré à partir de ces pays.

Pour leur mémoire de master, deux chercheurs de la faculté de biologie de l’Université des sciences et des technologies Houri Boumediene (USTHB) ont tenu le vaillant pari de traquer ces souches de bactéries sournoises résistantes aux thérapies, un pari aussi tenace lorsque l’on apprend que beaucoup de laboratoires algériens recourent à des techniques assez modestes dans leurs recherches de ces bactéries « L’émergence récente des entérobactéries productrices de carbapénémases représente une menace importante en matière d’antibio-résistance, puisque de par leur multi-résistance, ces souches réduisent considérablement les possibilités thérapeutiques permettant de traiter les infections qui y sont reliées et qui sont souvent très graves », préviennent les chercheurs en guise d’introduction à leur étude.

« Pour préserver l’efficacité des antibiotiques, il est indispensable de connaître la prévalence réelle de ces bactéries au niveau de chaque établissement de soins », expliquent Nesra Foudil et Feriel Hammadi, étudiantes en master 2 en microbiologie.

Selon ces étudiantes cette méconnaissance — des entérobactéries productrices de carbapénèmases — n’est pas propre aux établissements de soins algériens, « il s’agit d’un risque de santé publique mondial ; d’ailleurs, les cas d’épidémies les plus significatifs ont été signalés dans les pays les plus développés », assurent-ils.

En effet, le problème posé par les bactéries multi-résistantes aux antibiotiques en France, dont certaines épidémies se sont avérées mortelles, a imposé la mise en place de réseaux de surveillance draconiens et d’alerte au niveau des établissements sanitaires depuis quelques années déjà, comme il a conforté la recherche dans ce domaine en allouant plus de ressources humaines et financières. « Il est essentiel d’intensifier la recherche dans ce champ afin d’identifier ces souches en raison du danger potentiel qu’elles représentent et du risque de transmission et d’expansion de celle-ci dans les structures de soins, ou pire au-delà », avertissent les deux chercheurs.

« L’objectif de notre étude est de rechercher la présence de carbapénémases au sein des souches d’entérobactéries résistantes, il s’agit seulement d’adopter pratiquement l’un des nombreux algorithmes proposé connu, nous avons adopté celui de Nicolas-Chanoine. Mais notre étude gagnerait en valeur si elle pouvait être complétée par l’étude moléculaire des souches retrouvées », regrettent-ils néanmoins. « Les liens entre les résistances bactériennes et la prise d’antibiotiques sont extrêmement difficiles à établir.

Cela requiert d’installer des protocoles rigoureux afin d’apporter les preuves scientifiques exactes car il ne s’agit pas simplement d’une relation dose-effet, d’autres paramètres doivent être mis en lumière, mais à défaut d’une politique sanitaire responsable et l’absence d’une logistique adéquate, l’hécatombe des infections nosocomiales sévit en silence », regrette le chef d’un laboratoire de biologie médicale. « Nos médecins naviguent à vue et font accroître à leur insu le taux de morbidité et l’incidence des contaminions nosocomiales.

Dès l’admission à l’hôpital, un indispensable diagnostic doit être rigoureusement effectué avant de décider de prescrire ou bien de limiter l’administration de certains antibiotiques, mais la plupart des médecins, trop fatigués pour se donner la peine, prescrivent machinalement et de manière accrue des antibiotiques à large spectre qu’ils estiment encore actifs, mais inopportunément ces malheureux ne font qu’accroître les résistances, et dans l’ignorance collective l’ensemble du personnel hospitalier participe à la propagation des épidémies de patient en patient, essentiellement par manuportage », fulmine un professeur de médecine de la faculté d’Alger.

En Algérie, la forte prévalence de bactéries multi-résistantes aux antibiotiques dans la plupart des hôpitaux est un secret de Polichinelle dans le milieu hospitalier, mais d’aucuns parmi la corporation préconisent de taire ce sujet morbide de peur de subir davantage de pression de la part des parents des patients qui décèdent, victimes de cette incompétence paradoxalement dans les unités de soins intensifs et de chirurgie, mais également en pédiatrie et bien d’autres services. « On en a déjà plein le dos comme ça, mos médecins ne peuvent pas à eux seuls maîtriser les diffusions de bactéries multirésistantes aux antibiotiques, ni mettre un terme aux infections nosocomiales ; d’ailleurs, ils en sont les premières victimes.

Cela implique une adhésion multidisciplinaire, des équipement coûteux, mais surtout une gestion rigoureuse dont notre système de santé sinistré en est actuellement incapable ; ce ne sont pas les médecins qui sont à blâmer ; la politique de prévention doit être assumée par le gouvernement », peste un chef de service de réanimation pédiatrique d’un hôpital pourtant bien réputé.

Selon ce dernier, qui a insisté à garder l’anonymat, les stratégies de contrôle reposent sur le bon usage des antibiotiques, par une approche basée sur les résultats de travaux de recherches sérieuses, d’une part, et d’autre part des protocoles rigoureux afin d’interrompre les voies de transmission, l’observance impérative des précautions d’isolement entre autres mesures.

Sans être confirmées par une étude moléculaire — à défaut d’équipements —, la majorité des souches étudiées et prélevées sur des patients hospitalisés à l’hôpital de Aïn Naâdja par les deux chercheurs de l’USTHB présentaient effectivement une résistance à certains antibiotiques. L’ensemble des tests effectués par les deux chercheurs ont validé 12 souches d’EPC probable qui colonisait les services de réanimation pour adultes et pédiatrique de l’établissement.

Mohamed Staifi El watan