Intoxications accidentelles ou volontaires : Les médicaments, premier agent en cause

Les intoxications peuvent être d’origine alimentaire ou dues à des produits toxiques et peuvent être accidentelles ou volontaires. Chaque année, des campagnes de sensibilisation contre les intoxications alimentaires sont lancées, alors que les intoxications médicamenteuses qui occupent la première place en Algérie de toutes les intoxications accidentelles ou volontaires ne bénéficient d’aucune information, ni de sensibilisation du large public.

Les intoxications médicamenteuses après ingestion volontaire ou accidentelle sont de véritables situations d’urgence. Le rapport annuel 2014 du centre antipoison (CAP) d’Alger est effarant. Une situation des plus préoccupantes puisque cette intoxication, selon le même rapport, concerne aussi bien les enfants que les adultes, avec une prédominance pour l’intoxication volontaire chez les adultes, notamment les femmes.

Les enfants sont davantage exposés que les adultes au mauvais usage des médicaments et les conséquences peuvent être dramatiques. Le Centre antipoison a donc enregistré 9219 appels au cours de l’année 2014, avec une moyenne mensuelle de 768 appels. Les intoxications ont plusieurs origines, avec une prédominance des médicaments. Ainsi, sur les 8475 intoxications enregistrées, les médicaments arrivent en deuxième position chez les enfants (2690), soit un taux de 60%, alors que chez l’adulte (2936), soit 73,1%, elle arrive largement en tête des dix produits en cause.

Selon l’analyse du centre antipoison, les appels arrivent le plus souvent des professionnels de la santé représentés essentiellement par les médecins spécialistes, généralistes, pharmaciens et paramédicaux. « On note une variation géographique importante des appels téléphoniques, le CAP reçoit des appels de toutes les wilayas d’Algérie, mais plus des deux tiers des appels proviennent de la wilaya d’Alger et des wilayas limitrophes », notent les rédacteurs de ce rapport. Il est également constaté un faible pourcentage de demandeurs, à savoir le grand public, famille et intoxiqué 1,4%. « Ce faible pourcentage des demandeurs : grand public, famille, intoxiqué écessite un effort de sensibilisation de cette population », signalent-ils. Quant au faible pourcentage des appels des quelques wilayas, on explique qu’« une seule ligne téléphonique ne peut pas répondre aux besoins de notre large pays, d’où la nécessité d’un numéro de quatre chiffres ».

Le rapport du CAP signale par ailleurs que la frange féminine est particulièrement la plus touchée. L’ensemble des intoxications (accidentelles ou volontaires) touchent principalement le sexe féminin (51%) dont 49 femmes enceintes et 4 femmes allaitantes avec un sex-ratio de 0,9. Les pesticides arrivent en deuxième position, suivis des produits ménagers, l’intoxication aux animaux, le bricolage, le gaz et les plantes.

En effet, chez l’enfant, après les médicaments qui arrivent en deuxième position il y a les produits ménagers (11,2%), suivis des pesticides (10,7%) et les produits de bricolage (7,3%). « On remarque une plus grande proportion d’appels pour exposition aux plantes (4%) qui occupent la cinquième position et aux cosmétiques (2,3%) », indique-t-on avant de préciser que 60 des intoxiqués ont été admis dans une structure sanitaire entre 0 et 3 heures après avoir été exposés au produit toxique.

Concernant l’âge des intoxiqués, le rapport montre qu’il s’échelonne entre 1 jour et 97 ans et la majorité d’entre eux sont les 2 et 5 ans (âge préscolaire) avec un taux de 39,6% et les 19-29 ans (adulte jeune), soit 23,5%. Plus de la moitié des intoxiqués ont moins de 18 ans (60,6%), a-t-on souligné et de préciser que la proportion des enfants intoxiqués (53,3%) est significativement supérieure à celle des adultes (46,7%). Les enfants de moins de 16 ans représentent 53,3% de la totalité des intoxiqués.

La proportion des enfants de sexe masculin (62,8%) est singulièrement plus élevée que celle de sexe féminin (37,2%). Alors que chez l’adulte, les cas d’intoxication de sexe féminin sont significativement plus nombreux que ceux de sexe masculin (65,9% versus 34,1%). A propos des produits incriminés, le CAP retrouve 8539 cas, dont 4523 chez l’enfant et 4016 chez l’adulte sur 8475 cas d’intoxication, « car on peut avoir plusieurs agents pour un même cas », a-t-on précisé. Et de signaler que la répartition des agents par catégorie de produits varie peu d’une année à l’autre, les médicaments viennent en tête, suivis des pesticides, des produits ménagers, produits de bricolage, animaux, plantes et cosmétiques.

L’intoxication par les champignons, les gaz et les alcools intervient pour un faible pourcentage des appels. Concernant les circonstances de ces intoxications, on signale que la survenue accidentelle (5236) est la plus fréquente avec une proportion de 61,8% contre 38% (3216) d’intoxications volontaires (0,2% intoxication indéterminée).

Dans les 3216 cas d’intoxication volontaire, on retrouve une proportion de 89,3% (2871) de cas de conduite suicidaire. La circonstance accidentelle classique est la plus fréquente des modes d’intoxication chez l’enfant (91,2%), alors que chez l’adulte, c’est la circonstance suicidaire qui prédomine (67,9%). La majorité des intoxications se sont produites à domicile dans 96,6% des cas, les autres lieux représentent 3,4% de l’ensemble des intoxications qui ont causé 13 décès. En cas d’intoxication, le Centre antipoison d’Alger est doté d’un centre d’appel fonctionnel (h24) où des médecins orientent les familles des intoxiqués et indiquent les premiers gestes à faire en attendant l’intoxiqué soit évacué vers les structures adaptées. -

Le centre antipoison d’Alger Tel : 021 97 98 98

Djamila Kourta El Watan