Présentation du plan national cancer 2015-2019 : Un outil indispensable pour freiner la progression de nouveaux cas

Après avoir été remis au président de la République par le Pr Zitouni, le plan national cancer 2015-2019 fait l’objet de débat auprès des professionnels de la santé et de la société civile.

Présentés pour la première fois lors d’une journée parlementaire au Sénat en décembre 2014, puis aux associations des malades à Blida la semaine dernière, les grands axes de cette « vision stratégique centrée sur le malade » ont été exposés, hier, par le Pr Zitouni lors du 4e cours intensif en cancérologie consacré aux cancers urologiques organisé par la Société algérienne d’oncologie médicale à Alger. « Ce plan est le fruit d’un travail de longue haleine effectué par des experts et des professionnels de la santé en se basant sur une riche documentation élaborée par les professionnels de terrain », a souligné le Pr Zitouni.

Le document remis à la presse consigne par chapitre toutes les recommandations selon des axes de travail portant sur la lutte contre le cancer. Avec une incidence qui donne froid dans le dos, le cancer constitue aujourd’hui une réelle menace en matière de santé publique, dont le nombre de nouveaux cas avoisinait les 48 000 en 2013. Un taux qui est appelé à augmenter pour atteindre selon les spécialistes les 50 000 dans les prochaines années.

« L’augmentation de l’incidence de cette maladie qui est passée de 80 nouveaux cas pour 100 000 habitants en 1990 à plus de 130 nouveaux cas pour 100 000 habitants en 2010 est significative, et il est prévisible qu’elle va progresser, pouvant atteindre rapidement 50 000 nouveaux cas par an », lit-on dans la première partie de ce plan portant sur l’épidémiologie.

Une progression que l’on peut freiner, a insisté le Pr Zitouni, en investissant dans la prévention à travers le dépistage et la lutte contre les facteurs de risques tels les facteurs environnementaux, la pollution atmosphérique et le tabagisme. « Un fléau qui prend des proportions alarmantes en Algérie puisqu’il touche particulièrement les jeunes avec un taux de 30%, alors qu’il y a une diminution chez les sujets âgés de 50 ans et plus pour des raisons de santé », a-t-il indiqué en appelant à la mise en place de mesures rigoureuses et agir au niveau de l’école pour une meilleure sensibilisation des enfants. La lutte contre les facteurs oncogènes doit être aussi engagée selon lui.

Le Pr Zitouni a également insisté sur l’interdisciplinarité dans la prise en charge du cancer, tout en mettant en avant le rôle du médecin généraliste qui doit être le coordinateur et assurer une communication entre les différents acteurs.

Revenant sur les différents axes de cette stratégie, le Pr Zitouni a rappelé les insuffisances dans la prise en charge de patients telles que les soins palliatifs qui sont inexistants. « dans le parcours du malade atteint de cancer, les dysfonctionnements majeurs concernent la qualité de l’accueil, de l’information et la méconnaissance du réseau de prise en charge », a-t-on noté dans ce plan, ainsi que le circuit du malade qui subit une désorganisation de la prise en charge.

La mise en place des registres nationaux est aussi un des outils nécessaires pour la mise en œuvre de cette stratégie dans toute sa dimension, et notamment en termes de prévention, diagnostic et soins.

Le Pr Zitouni a appelé à une meilleure coordination entre le secteur public et privé, où près de 70% des examens et traitements sont réalisés dans le secteur privé, alors qu’il ne s’inscrit pas dans la stratégie nationale de santé publique en faisant référence aux cancers urologiques, lesquels sont également en nette augmentation selon le Pr Dib, chef de service d’oncologie au CAC de Sétif.

Il signale que la tabac est l’un des facteurs de risques majeur dans les cancers urologiques dont l’incidence est de 9%. Il revient sur une étude réalisée par l’INSP en 2002 qui a fait ressortir une incidence de 20 000 nouveaux cas de cancers urologiques avec celui de la vessie qui vient en 3e position.

Regrettant l’absence d’étude épidémiologique, le Pr Dib affirme que la tendance est à l’augmentation du nombre de nouveaux cas, d’où la nécessité de la réorganisation de la prise en charge de cette maladie et définir le réseau de prise en charge tel que cela est préconisé par ce plan cancer. A noter que l’évaluation de ce plan cancer sera assurée par un comité composé des responsables du ministère de la Santé et du Pr Zitouni qui se réunira désormais tous les six mois. La prochaine présentation est prévue le mardi 16 mars à la nouvelle faculté de médecine à Ben Aknoun.-

Djamila Kourta eL WATAN